Laurence Forget
Avec le programme Green T, Laurence Forget opère une synthèse audacieuse entre écologie et entrepreneuriat dans les écoles de Maurice. De la recherche en biologie moléculaire à la direction de Junior Achievement Mascareignes, découvrez le parcours d’une femme de conviction qui a troqué le microscope pour le terrain, avec une ambition chevillée au corps : offrir à chaque jeune la formule pour réussir sans détruire.
✍ Shareenah KALLA
📷 Kendy MANGRA
C’est une petite révolution qui se joue dans les salles de classe de Maurice. Une initiative unique, un programme pionnier qui pourrait bien redéfinir la manière dont nous concevons l’éducation chez nous. Son nom de code : Green T.
Derrière ce programme novateur, destiné aux élèves de Grade 10, se cache une ambition qui dépasse le simple cadre scolaire : réconcilier le profit et la planète, l’entrepreneuriat et la conscience écologique.
Ce projet, contextualisé spécifiquement pour Maurice et conçu avec des supports pédagogiques sur mesure, a déjà été déployé auprès de 400 élèves dans dix écoles. Il est l’œuvre de Laurence Forget, pour qui ce n’est pas un projet parmi tant d’autres, mais le point de rencontre entre ses deux vies ; celle de la docteure en sciences et génie moléculaire qu’elle fut, et celle de la militante humaniste qu’elle est devenue.
Pour la directrice de Junior Achievement Mascareignes (JAM), ce n’est pas un hasard, mais un aboutissement. Green T est le point de convergence de ses deux vies : celle de la docteure en génie moléculaire qu’elle fut, consciente de la fragilité du vivant, et celle de la militante humaniste qu’elle est devenue, convaincue que la dignité passe par l’action. “L’homme et la nature sont liés”, rappelle-t-elle. Avec ce programme, elle comble une lacune essentielle, apprenant à la jeunesse mauricienne que réussir, c’est aussi préserver.
De la science à l’humain
Attablée à la terrasse du Flying Dodo, sous un ciel d’azur, Laurence Forget dégage cette sérénité propre à ceux qui ont trouvé leur place. Rien ne la prédestinait pourtant au social. Son premier amour, c’était la science pure, l’infiniment petit. Mais alors qu’elle se destinait à une carrière de chercheuse en biologie moléculaire, un “appel” a tout bouleversé.
A Montpellier, telle une révélation pascalienne, elle comprend que sa mission n’est pas d’observer la vie au microscope, mais de la réparer sur le terrain. Elle délaisse les laboratoires pour les trottoirs, tendant la main aux sans-abris. La chercheuse a trouvé une nouvelle équation à résoudre, celle de la souffrance humaine.
Son retour à Maurice coïncide avec une période trouble, marquée par les émeutes suite à la mort de Kaya. Le pays a mal, la précarité explose. Laurence rejoint alors l’École pour la Solidarité et la Justice. “Il fallait comprendre les facteurs qui entraînent la chute, saisir le contexte mauricien”, explique-t-elle. Elle apprend sur le tas, humblement, guidée par un mentor, Jean-Noël Adolphe, qui lui inculque que la charité ne suffit pas ; il faut restaurer la justice et la dignité.
Sa quête la mène ensuite en Angleterre, au sein de l’organisation African Caribbean Origin, où elle accompagne des jeunes filles confrontées à la drogue et aux grossesses précoces. C’est là qu’elle découvre un outil puissant : le coaching. De retour au pays en 2007, formée et armée de nouvelles compétences psychologiques, elle intègre l’Institut Cardinal Jean Margéot. Sa méthode s’affine. Il ne s’agit plus seulement d’aider, mais d’autonomiser.
L’entrepreneuriat comme levier
Aujourd’hui, à la tête de JAM, Laurence Forget applique cette philosophie à grande échelle. Pour elle, l’entrepreneuriat est le levier ultime contre l’exclusion. “Ces jeunes en échec scolaire possèdent des talents inexploités. Le système, trop élitiste, brise leur confiance”, s’indigne-t-elle doucement. Elle veut leur prouver qu’ils ont de la valeur.
Fidèle à la pensée de Camus qui affirmait qu’il y a “dans l’homme plus de choses à admirer que de choses à mépriser”, Laurence s’efforce de faire jaillir l’étincelle en chacun. Que ce soit à travers les cours de communication non-violente qu’elle a dispensés chez New Skills ou via le programme Green T, son objectif reste immuable : aider l’autre à s’élever.
Si elle est aujourd’hui moins présente sur le terrain, son regard reste tourné vers les plus vulnérables. “Ce qui fait la beauté du social, c’est le contact humain”, confie-t-elle avec ce sourire bienveillant qui est sa signature.
Laurence Forget a peut-être quitté la biologie, mais elle n’a jamais cessé d’être une scientifique : elle cherche, inlassablement, la formule qui permettra à chaque être humain de ne pas seulement survivre, mais d’exister pleinement.


