Moïse Mercier

Recoudre l’histoire

“Dilo swiv kanal”… Chez les Mercier, la reliure est un héritage précieux. Moïse, artisan décoré et amoureux du vieux papier, n’est pas le fils de son père André pour rien. Il consacre lui aussi sa vie à sauver nos archives de l’oubli. Entre son atelier de Sainte-Croix et ses projets d’école dans le Nord, il nous raconte comment on « recoud » la mémoire d’une nation.

Texte & Photos : Kendy MANGRA

Moïse Mercier, 56 ans, est relieur. Son métier consiste à redonner vie à d’anciens documents. C’est à l’âge de 12 ans qu’il est tombé amoureux de cette profession. Et, comme le dit l’adage, tel père, tel fils.

Son père, André Mercier, relieur artisan, recevait des tonnes de documents chez lui, à Sainte-Croix. Moïse se plaît dans cet univers. Ce qu’il aime surtout, c’est l’odeur du vieux papier. Savoir que ce papier est plus âgé que lui.

“C’est une drôle de sensation… C’est comme si le papier me parlait et que j’avais besoin de lui redonner vie”, confie-t-il.

À 17 ans, son père lui confie une bande dessinée à réparer, puis un roman Harlequin. Deux épreuves qu’il accomplit avec brio. Ce sera la confirmation que Moïse sera relieur. Son père voit en lui un héritier talentueux. Il encourage aussi ses deux autres fils, Jean et Dominique.

Le métier de relieur n’est pas facile. Il demande de la minutie, de la rigueur et une tête bien posée sur les épaules.

Bien des documents sont passés entre les mains de Moïse Mercier… Chacun avec un passé, un vécu, une information précieuse. Parmi eux, un document lié aux lois de 1792 l’a particulièrement marqué. Il garde en mémoire l’image de ce manuscrit. Le réparer, l’assembler, le feuilleter… et la satisfaction d’avoir accompli un travail bien fait.

Un délice pour cet artisan, qui a reçu plusieurs distinctions de la part de la mairie et des autorités du pays.

Chez les Mercier, la transmission est une règle d’or. Moïse forme depuis des années son fils Lucas. “Dilo swiv kanal” – l’eau suit son chemin. Lucas sera relieur lui aussi et finira, lui aussi, par prendre le relais de son père.

L’amour du métier

Pour réussir, il faut surtout de la patience et l’amour du métier. Lucas est conscient que la route est longue et que chaque jour auprès de son père est un cadeau, une grâce. “C’est plus qu’un privilège d’être avec lui… Il n’est pas qu’un simple relieur, c’est un maître relieur”, confie-t-il fièrement.

Bientôt, la région du Nord aura une école de reliure, où seront enseignées les techniques du passé. Objectif : regrouper des jeunes intéressés pour apprendre les bases de ce métier. Ensuite, ils se mettront en quête des documents qui font partie de notre patrimoine.

“Ena enn kantite zoli dokiman dan Moris… me nou bizin koudme tou dimounn”, explique Moïse Mercier – “Il y a, à Maurice, des archives de qualité. Mais on a besoin de l’aide de tout le monde.”

Car, entre ses mains, le papier ne meurt jamais… Il respire à nouveau, retrouve sa voix et traverse le temps. Relier, pour Moïse Mercier, ce n’est pas seulement réparer un livre. C’est préserver une mémoire, recoudre l’histoire… et transmettre l’âme d’un pays.